SCENARIOS PEDAGOGIQUES

Photographie de presse, entre réalité et icône Séance 1Séance2 Séance 3Séance 4 Séance 5 Evaluation finaleRessources


Séance 4
La dimension argumentative de la photographie
durée : 1 heure

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Etude de la photo de Marc riboud

DOCUMENT DE TRAVAIL
" Manifestation contre la guerre du Vietnam, Washington, le 21 octobre 1967 ", Marc Riboud.



Pourquoi la photo que l'on a pris l'habitude de nommer par son sujet, " La fille à la fleur " de Marc Riboud, en est-elle venue à symboliser la non-violence ?
Le succès de cette photo a suscité des interrogations, on a soupçonné Marc Riboud d'avoir fait poser la jeune fille. En réponse, il a publié sa planche-contact, c'est-à-dire le tirage par contact sur une feuille de papier phptp de toutes les photos d'un film. Voir une des photos précédentes : http://www.skjstudio.com/Riboud/r_Washington.html
On trouvera un commentaire de cette planche-contact et de cette photo écrit par Marc Riboud dans une plaquette intitulée L'embarras du choix et distribuée par le CNP. Une partie de la planche-contact est également reproduite dans l'ouvrage de Martine Joly, " L'image et les signes ", Nathan 2000.
Ce travail permet de prendre conscience de la façon dont un photographe abandonne son travail d'information pure au profit de la recherche de la bonne photo, du portrait-symbole. On voit ici comment Marc Riboud a orienté son reportage en fonction de l'apparition de cette femme.

 



1. Décrivez la photo : cadrage, composition, profondeur de champ.

 

 

 

2. Quels sont les éléments qui s'opposent dans cette image ?


3. Quels sont les rapports entre la légende et la photographie ?

 

 

4. Quelle est l'argumentation que propose cette photographie ?

 

 


1. La jeune fille est cadrée en plan rapproché taille. La photo respecte la règle de composition des trois tiers : soldats à gauche, jeune fille à droite, baïonnettes et orientation du regard faisant le lien entre les deux, fleur à l'intersection des lignes de force (lignes visibles qui structurent la composition d'une image). Ce cadrage est l'aboutissement d'un travail du photographe qui a joué sur la profondeur de champ et a rendu le fond flou, ce qui permet la mise en évidence du motif principal. Si l'on observe la planche-contact, on voit que sur trente-six images, vingt-neuf sont des photos de foule qui traitent de l'information du jour : une manifestation contre la guerre du Vietnam. A partir de la trentième, Riboud a photographié en la cadrant de plus en plus serrée une jeune fille qui bouge, danse, tend ses bras avant de se figer dans une attitude de prière, la fleur près du visage… Le photographe travaille son cadrage, attend que l'instant soit " décisif " : il erre, improvise jusqu'à ce que l'image soit en phase avec l'intuition qu'il a de la réalité qu'il traque.

2. De part et d'autre du cadre s'opposent le profil de la jeune fille et les silhouettes uniformisées des soldats, l'attitude d'offrande et l'attitude agressive injustifiée, la fleur et les baïonnettes, le clair et le sombre. L'antithèse visuelle est très forte.

3. Cette photographie a été prise à l'occasion d'une marche pour la paix au Vietnam pendant laquelle les manifestants ont envahi le Pentagone et ont été violemment repoussés par les forces de l'ordre.
Contrairement aux premières photos que l'on peut découvrir sur la planche contact et qui sont des photos de foule traitant de la manifestation et de l'importance des affrontements, elle n'est pas informative. Marc Riboud a en effet choisi un portrait-symbole : "Je photographie avec frénésie, la nuit tombe, j'épuise mes films, quand cette jeune fille, seule face aux baïonnettes, dessine avec une fleur le symbole de la jeunesse américaine. "
La légende, " Manifestation contre la guerre du Vietnam, Washington, le 21 octobre 1967 ", doit donc prendre le relais et préciser le contexte événementiel dans lequel la photo a été prise.

4. Cette photographie nous dit que la paix est préférable à la guerre, qu'il vaut mieux être du côté des pacifistes que des soldats, et que donc les protestataires contre la guerre du Vietnam ont raison de manifester. L'argument de la paix contre la guerre utilise la figure de rhétorique de l'antithèse pour nous convaincre.

Le succès de cette photo s'explique parce qu'elle conjugue une puissante charge symbolique et les critères esthétiques d'équilibre qui procurent un plaisir visuel au spectateur.

 

Prolongement

- On pourra lire avec les élèves et étudier le commentaire que fait Jan Rose Kasmir de la photo dont elle est le personnage principal dans l'ouvrage d'Annick Cojean, " Retour sur images ", éd.Grasset/Le Monde, 1997.

- Il nous semble que cette citation (à adapter pour les élèves) constitue un bon commentaire de cette photo :
"La lecture d'une photographie est donc toujours la perception d'une intention consciente, même si elle n'est pas toujours consciemment soupçonnée. C'est pourquoi la photographie est tout autre chose qu'un décalque de la réalité. C'est exactement le contraire : la photographie "déréalise" cela même qu'elle fixe. L'image est littéralement le négatif de la présence. Elle ne peut retrouver un poids, un sens, qu'en acquérant un tout autre type d'existence : l'existence imaginaire du symbole. Mais cette existence n'est que superficiellement soutenue par sa ressemblance avec l'original. La réalité du symbole réside essentiellement dans la significa-tion que lui donne celui - individu ou groupe - pour qui il symbolise. C'est l'intention de celui qui l'a pris ou de celui qui le perçoit, plus que son statut d'analogon de la présence, qui maintient à l'existence l'objet photographique." (sous la direction de Pierre Bourdieu, " Un art moyen, essai sur les usages sociaux de la photographie ", deuxième édition, éditions de Minuit, 1981.)

 


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