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La bataille
d'Eylau |
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PREMIERE ETAPE La bataille d'Eylau, un peu d'histoire La fiche élève 1 sera donnée avant la première séance pour permettre la recherche documentaire. |
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DEUXIEME
ETAPE Lecture de deux textes documentaires sur la bataille d'Eylau : Percy, chirurgien de la Grande Armée ; 64° Bulletin de la Grande Armée. |
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DOCUMENTS DE TRAVAIL " Jamais tant de cadavres n'avaient couvert un si petit espace. La neige était partout teintée de sang ; celle qui était tombée et qui tombait encore commençait à dérober les corps aux regards affligés des passants. Les cadavres étaient amoncelés partout où il y avait quelques bouquets de sapins, derrière lesquels les Russes avaient combattu. Des milliers de fusils, de bonnets, de cuirasses étaient répandus sur la route ou dans les champs. Au déclin d'une montagne dont l'ennemi avait sans doute choisi le revers pour mieux se défendre, il y avait des groupes de cent corps ensanglantés ; des chevaux estropiés mais vivants, attendaient que la faim vînt les faire tomber à leur tour sur ces monceaux de morts. Nous avions à peine traversé le champ de bataille que nous en rencontrions un autre, et tous étaient jonchés de cadavres."
" Après la bataille d'Eylau, l'Empereur a passé tous les jours plusieurs heures sur le champ de bataille, spectacle horrible, mais que le devoir rendait nécessaire. Il a fallu beaucoup de travail pour enterrer les morts. "
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Texte 2
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2. Les hyperboles sont nombreuses : 3. Le " nous " de la dernière phrase désigne sans doute les équipes d'infirmiers et de médecins avec lesquelles travaillait Percy. Leur regard de professionnels est pourtant effrayé du spectacle qu'ils découvrent et se " personnalise " dans ces " passants " un peu surprenants avec leur regard affligé. Peut-être est-ce une allusion à ces pillards qui hantaient les champs de bataille, dont parle Balzac ? Le colonel Chabert du roman sera d 'ailleurs recueilli par un couple de vieux paysans qui erraient sur le champ de bataille. 4. Ce texte n'était pas destiné à une publication immédiate. Tiré des mémoires de Percy, il fait d'ailleurs écho à l'horreur ressentie et exprimée par l'Empereur lui-même. Texte 2 2. Les bulletins de la Grande Armée dont les historiens pensent qu'ils furent inspirés ou parfois même rédigés par Napoléon lui-même sont destinés à entretenir le moral de l'arrière. Texte de propagande, ce bref extrait humanise Napoléon et en fait un héros romantique saisi de pitié, mais sûr de sa mission. |
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TROISIEME ETAPE |
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DOCUMENTS DE TRAVAIL " Le moment est celui où Sa Majesté visitant le champ de bataille d'Eylau pour faire distribuer des secours aux blessés, un jeune hussard lituanien, auquel un boulet avait emporté le genou se soulève vers l'Empereur et lui dit : " César, tu veux que je vive, eh bien, qu'on me guérisse et je te servirai fidèlement comme j'ai servi Alexandre ! "
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1. Expliquez le titre donné à Napoléon : César. 2. Expliquez pourquoi le personnage du suppliant est un officier lituanien. 3. En quoi ce programme donne-t-il à l'Empereur un rôle presque religieux ? |
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1. César est le nom générique de l'empereur romain. Le titre russe Tsar (parfois transcrit Czar) en est d'ailleurs dérivé. Donner ce titre à Napoléon, c'est reconnaître en lui le seul empereur digne de ce nom. 2. Les Lituaniens, sous domination russe, pouvaient prétendre à s'en affranchir grâce à la " libération française ". C'est du moins ce que la propagande officielle de Napoléon affirme. 3. L'Empereur se présente comme le libérateur des nations asservies par les dynasties régnantes. Le héros vainqueur, issu de la Révolution et porteur des valeurs révolutionnaires, est humain et pacifiste. Les tableaux commandés doivent faire clairement percevoir qu'il n'est en rien responsable de l'hécatombe d'Eylau. C'est pourquoi, au premier plan, les peintres mettront bien en évidence les horreurs qui justifient les paroles de l'Empereur. Deux tableaux nous sont parvenus : celui de Charles Meynier et celui de Antoine-Jean Gros. Ils peignirent ces tableaux durant l'hiver 1807-1808 et les exposèrent au Salon de 1808. Gros gagna le concours. Mais ces tableaux choquèrent le public et un rapport de police mit en évidence la double lecture possible de ces tableaux. |
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DOCUMENTS DE TRAVAIL " Les artistes ont accumulé tous les genres de mutilations, les variétés d'une vaste boucherie comme s'ils eussent à peindre précisément une scène d'horreur et de carnage et à rendre la guerre exécrable. "
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1. Reformulez l'accusation de la police : que reproche-t-elle aux artistes ?
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2. La police estime implicitement que la peinture d'histoire est nécessairement au service d'une cause, qu'elle ne peut que célébrer ou dénoncer. Les artistes n'ont pas, à leurs yeux, de visée propre et doivent mettre leur art au service des commanditaires. Le scandale fut surtout suscité par le réalisme et le gigantisme du tableau de Gros. Mais l'Empereur se déclara satisfait, décora Gros de la Légion d'honneur et en fit un baron. L'œuvre de Gros demeura dans les collections impériales, avant d'entrer au musée du Luxembourg, puis au musée du Louvre. Le tableau de Meynier est conservé au Musée du Château Versailles. |
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DOCUMENTS DE TRAVAIL " Sous le ciel noir, ces géants tombés d'un bloc
épouvantaient les stratèges de salon, habitués à voir les guerriers de
l'Iliade, traduite par Bitaubé, tomber et mourir avec une élégance de
danseurs. "
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1. Que tente d'expliquer cet historien de l'art ? |
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2. Une certaine ironie s'applique aux spectateurs scandalisés (" stratèges de salon ") et à leurs représentations stéréotypées de la guerre. L'allusion à l'Illiade rappelle que ces tableaux intervinrent en pleine période néo-classique, alors que David et son école allaient chercher leurs sujets héroïques dans les épopées antiques. Ce bref extrait prend donc une portée argumentative nettement favorable aux tableaux incriminés. |
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QUATRIEME ETAPE Il est alors temps de juger sur pièces et de proposer aux élèves l'analyse des deux tableaux. |
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2. Comment sont traités les corps du premier plan ? 3. Quel rôles jouent la lumière et la couleur ? 4. Ce tableau répond-il à la commande
officielle (texte 3) ? |
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2. Les corps du premier plan sont dénudés (ce qui est peu vraisemblable), tragiques certes, mais traités de manière assez classique, voire académique, sans mutilations visibles. Le peintre évite visiblement le réalisme et recherche une représentation conventionnelle de la mort. 3. Le tableau, assez lumineux, est presque monochrome. Seuls, les lointains sont semés de taches rouges. Une atmosphère irréelle et assez peu émouvante s'en dégage. 4. Au total, nous nous trouvons devant un tableau sans grande originalité, qui s'efforce de répondre fidèlement à la commande mais sans oser la moindre audace picturale, sans faire vraiment de l'Empereur ce héros romantique qu'il se plaisait à incarner. L'horreur de la bataille est soigneusement escamotée et on comprend mal les reproches du rapport de police. Il faut croire que sa réprobation s'adressait surtout au tableau de Gros que nous allons proposer ci-dessous. |
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DOCUMENTS DE TRAVAIL
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2. Comment Gros traite-t-il le premier plan ? Quels détails retiennent votre attention ? Quels effets recherche le peintre ? 3. Décrivez les groupes de personnages. Comment s'organisent-ils sur la toile ? Quelle place y tient l'Empereur ? 4. Ce tableau répond-il à la commande
officielle (texte 3) ? |
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2. Au premier plan, les cadavres, peints avec un réalisme cruel (couleurs, rictus, enchevêtrement), sont une allusion directe aux propos de l'Empereur. De nombreux détails horribles frappent le spectateur : baïonnette couverte de sang gelé, visages bleuis, gestes raidis, amoncellement des corps, renversement des visages, effet de coupure du bord du cadre, dans les interstices sous le cheval blanc, un corps oublié, etc. 3. Au centre, Napoléon, que l'officier lituanien prisonnier de
son armée, à genoux, remercie pour sa bienveillance envers l'ennemi, fait
partager à ses maréchaux sa détresse de constater qu'une bataille nécessite
autant de morts. 4. La commande officielle est remplie, il s'agit bien d'un
tableau de propagande impériale : Polonais et Lituaniens libérés tendent
les mains vers l'Empereur qui occupe le centre de la composition et apparaît
comme un chef charismatique au milieu des hommes.
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Ce tableau représente un tournant dans la représentation de la guerre. Un nouveau statut du corps se dessine, au lendemain des grandes tueries napoléoniennes : la mort n'a plus d'aura sacrée. A partir de 1817, Géricault, qui prépare Le Radeau de la Méduse peint des " fragments anatomiques " (conservés notamment au Musée des Beaux-Arts de Lyon et au Musée des Beaux-Arts de Rouen), des " têtes de suppliciés " (au National Museum de Stockholm) récupérés dans les morgues. Avec ces peintres émerge une conception laïcisée, prosaïque, de la représentation funéraire. Un autre prolongement possible de ce travail consisterait à faire une recherche sur Goya et sa représentation horriblement réaliste de la guerre napoléonienne sans l'alibi de la Gloire...
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On pourra présenter d'autres œuvres de ce
peintre notamment La Bataille d'Aboukir et Les Pestiférés de
Jaffa. - Elève de David, Antoine-Jean Gros est peu
attiré par les sujets tirés de la Rome républicaine. C'est un condisciple
de Girodet et de Gérard qui montre un fort intérêt pour Rubens. Après
de multiples hésitations, il fait le choix conscient de passer du néo-classicisme
au romantisme. Gros est moins romantique que Géricault ou Delacroix, plus fougueux, plus impulsif que lui. Artiste de la commande, il travaille à heures fixes. Son sens du mouvement, de la couleur en font cependant un novateur dans la représentation des soldats morts, des pestiférés. Il ne tient pas tant à critiquer la guerre qu'à impressionner le spectateur par une expressivité forte. Après la Restauration, Gros se rallie à un
classicisme médiocre. Sa fin de vie est décevante : fait baron par Charles
X, il devient professeur aux Beaux-Arts et finira par se suicider en 1835.
Son geste fatal s'explique peut-être par la justesse de la critique attaquant
son Hercule et Diomède présenté au Salon de 1835 et mettant en
lumière l'anachronisme de son art. |