SCENARIOS PEDAGOGIQUES

La bataille d'EylauSéance 1Séance 2 Séance 3 Séance 4 Suites pédagogiques
Séance 1
Les avatars de la peinture officielle
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durée : 2 heures

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PREMIERE ETAPE
La bataille d'Eylau, un peu d'histoire
La fiche élève 1 sera donnée avant la première séance pour permettre la recherche documentaire.

DOCUMENTS DE TRAVAIL
Encyclopédies et manuels d'histoire : consultez ces documents, puis notez les informations retenues.

 


Recherche documentaire sur la bataille d'Eylau


1. Date de la bataille d'Eylau.

2. Où se trouve cette ville ?

3. Quelles armées s'y sont affrontées ?

4. Quel est le contexte historique dans lequel cette bataille eut lieu ?

5. Quelles étaient les conditions météorologiques de cette bataille ?

6. Quelle armée l'a emporté ? Dans quelles circonstances ? Combien de victimes cette bataille a-t-elle faites ?

7. Quelles conséquences eut cette victoire ?


Repères historiques sur la bataille d'Eylau (d'après l'Encyclopedia Universalis)
1. La bataille d'Eylau a eu lieu le 8 février 1807.
2. Eylau se trouve en Pologne.
3. Après avoir battu l'armée prussienne à Iéna et Auerstaedt en octobre 1806, Napoléon et l'armée française affrontent l'armée russe à Eylau.
4. La fin du Saint-Empire Romain Germanique a été proclamée le 1er août 1806. Les Etats allemands alors créés sont réunis dans la Confédération du Rhin dont la capitale est Francfort. Ces Etats reconnaissent Napoléon pour protecteur. La Russie, l'Angleterre et la Prusse s'unissent contre Napoléon et créent la Quatrième Coalition. Malgré sa victoire navale à Trafalgar, l'Angleterre reste impuissante. Après avoir battu l'armée prussienne, Napoléon se porte au devant des Russes en Pologne.
5. Les conditions météorologiques rendent la bataille d'Eylau difficile et son issue incertaine. La neige est au rendez-vous. L'approvisionnement des troupes est aléatoire.
6. L'armée napoléonienne l'emporte difficilement. La bataille est une effroyable boucherie (25.000 morts russes, 18.000 morts français) sans résultat décisif jusqu'à l'intervention de la cavalerie de Murat et l'arrivée de Ney à la tombée de la nuit. C'est une bataille d'affrontement sur des positions retranchées où comptent d'abord la puissance de feu de l'artillerie et, brutales et massives, les charges de cavalerie. La catastrophe est évitée de justesse. Napoléon, épuisé nerveusement, aurait dit : " Encore une victoire comme celle-là et nous sommes perdus ".
7. Napoléon temporise jusqu'au printemps. Il conclut des alliances avec les Turcs et les Perses, puis remporte la victoire de Friedland contre les Russes le 17 juin 1807. La rencontre avec le Tsar s'achève par le traité de Tilsit le 8 juillet. La Prusse est dépecée. On assiste à l'apogée de Napoléon. L'Europe est partagée entre les deux empereurs : Napoléon et Alexandre.


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DEUXIEME ETAPE
Lecture de deux textes documentaires sur la bataille d'Eylau : Percy, chirurgien de la Grande Armée ; 64° Bulletin de la Grande Armée.

DOCUMENTS DE TRAVAIL
Texte 1: Percy, chirurgien de la Grande Armée

" Jamais tant de cadavres n'avaient couvert un si petit espace. La neige était partout teintée de sang ; celle qui était tombée et qui tombait encore commençait à dérober les corps aux regards affligés des passants. Les cadavres étaient amoncelés partout où il y avait quelques bouquets de sapins, derrière lesquels les Russes avaient combattu. Des milliers de fusils, de bonnets, de cuirasses étaient répandus sur la route ou dans les champs. Au déclin d'une montagne dont l'ennemi avait sans doute choisi le revers pour mieux se défendre, il y avait des groupes de cent corps ensanglantés ; des chevaux estropiés mais vivants, attendaient que la faim vînt les faire tomber à leur tour sur ces monceaux de morts. Nous avions à peine traversé le champ de bataille que nous en rencontrions un autre, et tous étaient jonchés de cadavres."

Texte 2 : 64° Bulletin de la Grande Armée

" Après la bataille d'Eylau, l'Empereur a passé tous les jours plusieurs heures sur le champ de bataille, spectacle horrible, mais que le devoir rendait nécessaire. Il a fallu beaucoup de travail pour enterrer les morts. "

 


Texte 1
1. Montrez que cette description permet de raconter la bataille après coup.


2. Relevez dans ce texte les hyperboles et les procédés de l'accumulation. Quel effet cherchent-ils à produire sur le lecteur ?


3. La profession de l'auteur de ce texte est-elle perceptible dans le regard qu'il porte sur la bataille ?


4. D'après vous, peut-on lire dans ce texte une condamnation de la guerre ?

 

 

 

 



Texte 2
1. Quelles marques indiquent la nature officielle de ce texte ? Quelle est sa fonction ?


2. Quelle image de l'empereur donne-t-il ?


Texte 1
1. Le médecin, explorant le champ de bataille, y reconstitue la bataille par la lecture des indices qu'il y relève :
- les Russes, sur la défensive, ont choisi des refuges (" bouquets de sapins " ; " déclin d'une montagne "),
- la neige a joué un rôle important au cours de la bataille (" qui était tombée "),
- les charges de cavalerie ont été importantes (" des chevaux, estropiés mais vivants ").
Cette bataille fut terriblement meurtrière.

2. Les hyperboles sont nombreuses :
- " Jamais tant de cadavres n'avaient couvert un si petit espace. " ; " partout teintée de sang ",
-" Les cadavres étaient amoncelés partout ",
- " Des milliers de fusils, de bonnets, de cuirasses ",
- " des groupes de cent corps ensanglantés ",
- " ces monceaux de morts "
- " tous étaient jonchés de cadavres ",
L'accumulation (" de fusils, de bonnets, de cuirasses " ) et les pluriels partout utilisés contribuent à frapper le lecteur par l'étendue du désastre.

3. Le " nous " de la dernière phrase désigne sans doute les équipes d'infirmiers et de médecins avec lesquelles travaillait Percy. Leur regard de professionnels est pourtant effrayé du spectacle qu'ils découvrent et se " personnalise " dans ces " passants " un peu surprenants avec leur regard affligé. Peut-être est-ce une allusion à ces pillards qui hantaient les champs de bataille, dont parle Balzac ? Le colonel Chabert du roman sera d 'ailleurs recueilli par un couple de vieux paysans qui erraient sur le champ de bataille.

4. Ce texte n'était pas destiné à une publication immédiate. Tiré des mémoires de Percy, il fait d'ailleurs écho à l'horreur ressentie et exprimée par l'Empereur lui-même.

Texte 2
1. Une certaine sécheresse dans la rédaction, l'emploi du passé composé et de la troisième personne donnent à ce texte une apparence de rapport militaire.

2. Les bulletins de la Grande Armée dont les historiens pensent qu'ils furent inspirés ou parfois même rédigés par Napoléon lui-même sont destinés à entretenir le moral de l'arrière. Texte de propagande, ce bref extrait humanise Napoléon et en fait un héros romantique saisi de pitié, mais sûr de sa mission.


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3

TROISIEME ETAPE
De la commande à la controverse.
Lecture de textes documentaires : Vivant Denon ; rapport de police, 1808 ; Henri Focillon.

Le professeur présentera brièvement le dossier de la controverse des tableaux de la bataille d'Eylau.
Voici les faits. Fin Mars 1807, sur les ordres de l'Empereur, Vivant Denon, peintre, premier directeur des Musées, passe commande d'un tableau dont il a rédigé le programme (et sans doute dessiné l'esquisse). Il est demandé aux peintres de fixer sur la toile, non la bataille, mais un événement du lendemain matin. En visitant le champ de bataille, l'Empereur, au faîte de sa gloire, qui n'avait fait, disait-il, que se défendre contre l'invasion des armées russes, aurait dit que si tous les rois de la terre pouvaient contempler, comme lui, ce champ de bataille jonché de morts, ils seraient moins avides de conquêtes et de guerres.

DOCUMENTS DE TRAVAIL
Texte 3 : Vivant Denon

" Le moment est celui où Sa Majesté visitant le champ de bataille d'Eylau pour faire distribuer des secours aux blessés, un jeune hussard lituanien, auquel un boulet avait emporté le genou se soulève vers l'Empereur et lui dit : " César, tu veux que je vive, eh bien, qu'on me guérisse et je te servirai fidèlement comme j'ai servi Alexandre ! "

 


Lecture d'un texte documentaire

1. Expliquez le titre donné à Napoléon : César.

2. Expliquez pourquoi le personnage du suppliant est un officier lituanien.

3. En quoi ce programme donne-t-il à l'Empereur un rôle presque religieux ?



Lecture d'un texte documentaire : Vivant Denon

1. César est le nom générique de l'empereur romain. Le titre russe Tsar (parfois transcrit Czar) en est d'ailleurs dérivé. Donner ce titre à Napoléon, c'est reconnaître en lui le seul empereur digne de ce nom.

2. Les Lituaniens, sous domination russe, pouvaient prétendre à s'en affranchir grâce à la " libération française ". C'est du moins ce que la propagande officielle de Napoléon affirme.

3. L'Empereur se présente comme le libérateur des nations asservies par les dynasties régnantes. Le héros vainqueur, issu de la Révolution et porteur des valeurs révolutionnaires, est humain et pacifiste. Les tableaux commandés doivent faire clairement percevoir qu'il n'est en rien responsable de l'hécatombe d'Eylau. C'est pourquoi, au premier plan, les peintres mettront bien en évidence les horreurs qui justifient les paroles de l'Empereur.

Deux tableaux nous sont parvenus : celui de Charles Meynier et celui de Antoine-Jean Gros. Ils peignirent ces tableaux durant l'hiver 1807-1808 et les exposèrent au Salon de 1808. Gros gagna le concours. Mais ces tableaux choquèrent le public et un rapport de police mit en évidence la double lecture possible de ces tableaux.

DOCUMENTS DE TRAVAIL
Texte 4 : Rapport de police, 1808

" Les artistes ont accumulé tous les genres de mutilations, les variétés d'une vaste boucherie comme s'ils eussent à peindre précisément une scène d'horreur et de carnage et à rendre la guerre exécrable. "

 


Lecture d'un texte documentaire

1. Reformulez l'accusation de la police : que reproche-t-elle aux artistes ?


2. Quelle mission est confiée à ces artistes ? Pourquoi peut-on dire qu'il s'agit de peintures de propagande ?



Lecture d'un texte documentaire : Rapport de police, 1808

1. Le rapport de police reproche aux artistes d'avoir pris parti contre la guerre (et donc contre l'Empereur) en présentant la guerre de manière à susciter l'horreur et la réprobation alors qu'ils devaient célébrer fidèlement la noblesse et la bonté de l'Empereur.

2. La police estime implicitement que la peinture d'histoire est nécessairement au service d'une cause, qu'elle ne peut que célébrer ou dénoncer. Les artistes n'ont pas, à leurs yeux, de visée propre et doivent mettre leur art au service des commanditaires.

Le scandale fut surtout suscité par le réalisme et le gigantisme du tableau de Gros. Mais l'Empereur se déclara satisfait, décora Gros de la Légion d'honneur et en fit un baron. L'œuvre de Gros demeura dans les collections impériales, avant d'entrer au musée du Luxembourg, puis au musée du Louvre. Le tableau de Meynier est conservé au Musée du Château Versailles.

DOCUMENTS DE TRAVAIL
Texte 5 : Henri Focillon, historien d'art, à propos de la réception du tableau de Gros par le public

" Sous le ciel noir, ces géants tombés d'un bloc épouvantaient les stratèges de salon, habitués à voir les guerriers de l'Iliade, traduite par Bitaubé, tomber et mourir avec une élégance de danseurs. "
(cité par Jean Clay, Le Romantisme, Hachette Réalités, 1980)

 


Lecture d'un texte critique

1. Que tente d'expliquer cet historien de l'art ?


2. Montrez que son ironie exprime un jugement de valeur.



Lecture d'un texte critique

1. Il s'agit, pour H. Focillon, d'expliquer le scandale suscité par les tableaux. Il le fait en montrant le choc culturel provoqué par une rupture dans la façon de représenter la guerre.

2. Une certaine ironie s'applique aux spectateurs scandalisés (" stratèges de salon ") et à leurs représentations stéréotypées de la guerre. L'allusion à l'Illiade rappelle que ces tableaux intervinrent en pleine période néo-classique, alors que David et son école allaient chercher leurs sujets héroïques dans les épopées antiques. Ce bref extrait prend donc une portée argumentative nettement favorable aux tableaux incriminés.


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4
QUATRIEME ETAPE
Il est alors temps de juger sur pièces et de proposer aux élèves l'analyse des deux tableaux.

DOCUMENTS DE TRAVAIL
Tableau de Charles Meynier (1768-1832) : Napoléon Ier visitant le champ de bataille au lendemain de la bataille d'Eylau, le 9 février 1807, 1807
Versailles, Musée National du château, huile sur toile (H. 0,93 m x L. 1,47 m)


© Photo RMN - G. Blot / J. Schormans

 


Etude de tableau
1. Décrivez sommairement le tableau. Quels groupes de personnages retenez-vous ? Comment le personnage de l'Empereur est-il mis en valeur ?

2. Comment sont traités les corps du premier plan ?

3. Quel rôles jouent la lumière et la couleur ?

4. Ce tableau répond-il à la commande officielle (texte 3) ?
Comprenez-vous, à son propos, les reproches que lui adresse le rapport de police (texte 4) ?



Etude de tableau
1. Le tableau est d'une assez petite taille. Il s'organise autour du groupe central qui comprend l'Empereur et ses officiers. Deux groupes sont disposés symétriquement à droite et à gauche, de part et d'autre d'un blessé assis tourné vers l'Empereur dans un geste de prière. Le quatrième groupe, celui des cadavres dénudés, occupe le premier plan, mais est fortement détaché du reste du tableau et comme autonome. Le personnage de l'Empereur est au centre de la composition. Son cheval blanc dans une pose de statuaire le distingue immédiatement des officiers et des soldats. La neige même auréole la figure " sainte " de l'Empereur.

2. Les corps du premier plan sont dénudés (ce qui est peu vraisemblable), tragiques certes, mais traités de manière assez classique, voire académique, sans mutilations visibles. Le peintre évite visiblement le réalisme et recherche une représentation conventionnelle de la mort.

3. Le tableau, assez lumineux, est presque monochrome. Seuls, les lointains sont semés de taches rouges. Une atmosphère irréelle et assez peu émouvante s'en dégage.

4. Au total, nous nous trouvons devant un tableau sans grande originalité, qui s'efforce de répondre fidèlement à la commande mais sans oser la moindre audace picturale, sans faire vraiment de l'Empereur ce héros romantique qu'il se plaisait à incarner. L'horreur de la bataille est soigneusement escamotée et on comprend mal les reproches du rapport de police. Il faut croire que sa réprobation s'adressait surtout au tableau de Gros que nous allons proposer ci-dessous.

DOCUMENTS DE TRAVAIL
Tableau d'Antoine-Jean Gros (1771-1835) : Napoléon sur le champ de bataille d'Eylau, le 9 février 1807, 1808
Paris, Musée du Louvre, huile sur toile (H. 5, 21 m x L. 7,84 m)



© Photo RMN - Daniel Arnaudet

 


Etude de tableau

1. Quelles remarques vous inspirent les dimensions de cette œuvre ?

2. Comment Gros traite-t-il le premier plan ? Quels détails retiennent votre attention ? Quels effets recherche le peintre ?

3. Décrivez les groupes de personnages. Comment s'organisent-ils sur la toile ? Quelle place y tient l'Empereur ?

4. Ce tableau répond-il à la commande officielle (texte 3) ?
Comprenez-vous, à son propos, les re-proches que lui adresse le rapport de police (texte 4) ?



Etude de tableau

1. La taille du tableau est proprement gigantesque et Gros cherche ainsi à produire des effets physiques chez ses spectateurs. Ceux-ci sont en effet à hauteur des détails horribles du premier plan : les visages près du cadre ont deux fois la taille normale. Cela contribue à arracher le spectateur à sa neutralité bienveillante ou esthétique.

2. Au premier plan, les cadavres, peints avec un réalisme cruel (couleurs, rictus, enchevêtrement), sont une allusion directe aux propos de l'Empereur. De nombreux détails horribles frappent le spectateur : baïonnette couverte de sang gelé, visages bleuis, gestes raidis, amoncellement des corps, renversement des visages, effet de coupure du bord du cadre, dans les interstices sous le cheval blanc, un corps oublié, etc.

3. Au centre, Napoléon, que l'officier lituanien prisonnier de son armée, à genoux, remercie pour sa bienveillance envers l'ennemi, fait partager à ses maréchaux sa détresse de constater qu'une bataille nécessite autant de morts.
À l'arrière, la topographie du champ de bataille est peinte comme un vaste panorama que l'œil est invité à explorer par la présence de deux cavaliers de dos qui s'enfoncent dans la profondeur du tableau.
A droite, des groupes secondaires d'agonisants ou de blessés. Tout le groupe principal s'organise à gauche autour de la figure de Napoléon. Son geste humanitaire vers l'homme à genoux, près de son cheval blanc, sa position dominatrice entre les groupes d'officiers, son visage dessiné avec plus de soin que les autres et placé dans la lumière, tout contribue à en faire une figure salvatrice. Très pâle, le visage transmué par quelque vision grandiose, il fait un geste vers le lointain et semble ainsi transcender jusqu'à l'horreur même sur laquelle il se penche avec pitié. Sa présence rétablit l'équilibre des masses de la composition.
Ainsi s'affirme le pouvoir magique de Bonaparte, héros d'une légende moderne.

4. La commande officielle est remplie, il s'agit bien d'un tableau de propagande impériale : Polonais et Lituaniens libérés tendent les mains vers l'Empereur qui occupe le centre de la composition et apparaît comme un chef charismatique au milieu des hommes.
Comment a-t-on pu y voir une accusation contre la guerre ?
Les Français, soldats de conscription, s'identifièrent aux soldats du premier plan, devenant ainsi le groupe principal, celui qui dominait l'œuvre. Mais ce que recherchait Gros n'était pas tant une quelconque remise en cause de la guerre qu'une révolution picturale : ce qui était novateur, révolutionnaire dans l'œuvre de Gros, c'était ce premier plan, inattendu sous le pinceau du plus proche disciple de David. Ces titans abattus, minutieusement décrits sans fard, peints avec une manière large, éclatèrent comme un coup de tonnerre au sein d'une peinture néoclassique.
Gros faisait alors preuve de son sens de l'anecdote, du détail vivant, de la vérité humaine au cœur de l'histoire. Il savait donner à une œuvre de commande une dimension théâtrale par l'emploi de couleurs chaudes, crépusculaires, dramatiques. Il n'avait sans doute pas de volonté de subversion, mais un sens tout romantique du pathétique, une volonté d'émouvoir le spectateur que d'ailleurs sut reconnaître et exploiter l'Empereur en lui donnant finalement raison face à ses détracteurs.

 

Ce tableau représente un tournant dans la représentation de la guerre. Un nouveau statut du corps se dessine, au lendemain des grandes tueries napoléoniennes : la mort n'a plus d'aura sacrée. A partir de 1817, Géricault, qui prépare Le Radeau de la Méduse peint des " fragments anatomiques " (conservés notamment au Musée des Beaux-Arts de Lyon et au Musée des Beaux-Arts de Rouen), des " têtes de suppliciés " (au National Museum de Stockholm) récupérés dans les morgues. Avec ces peintres émerge une conception laïcisée, prosaïque, de la représentation funéraire.

Un autre prolongement possible de ce travail consisterait à faire une recherche sur Goya et sa représentation horriblement réaliste de la guerre napoléonienne sans l'alibi de la Gloire...

 

DOCUMENTS DE TRAVAIL
Encyclopédie ou histoire de l'art : présentez brièvement la vie et l'œuvre d'Antoine-Jean Gros (1771-1835)


Notes biographiques sur Antoine-Jean Gros

On pourra présenter d'autres œuvres de ce peintre notamment La Bataille d'Aboukir et Les Pestiférés de Jaffa.
On retiendra les éléments biographiques suivants (d'après l'Encyclopedia Universalis) :

- Elève de David, Antoine-Jean Gros est peu attiré par les sujets tirés de la Rome républicaine. C'est un condisciple de Girodet et de Gérard qui montre un fort intérêt pour Rubens. Après de multiples hésitations, il fait le choix conscient de passer du néo-classicisme au romantisme.
- Dès le début de la Révolution, il quitte Paris car il craint d'être inquiété pour ses opinions modérées et s'installe en Italie pour huit ans. Fin 1796, portraitiste déjà renommé, il est requis par Joséphine pour peindre le célèbre Bonaparte au pont d'Arcole, un portrait plein de tension et de fougue qui représente l'image que Napoléon veut donner de lui-même.
- Il accompagne la Grande Armée jusqu'à son retour à Paris en 1801. Gros devient alors le peintre de la gloire de Napoléon. Célèbre pour Les Pestiférés de Jaffa (1804), il est considéré comme le plus grand coloriste français. L'épopée du siècle remplace pour lui la peinture d'histoire, c'est-à-dire les Grecs de David.
- Gros devient le portraitiste officiel du Premier Consul et des dignitaires du régime. En 1806, son tableau La Bataille d'Aboukir, commandé par Murat, frappe par son sens du déséquilibre, sa taille (10 m. de long) et surtout la suggestion audacieuse du mouvement qu'il impose au regard.

Gros est moins romantique que Géricault ou Delacroix, plus fougueux, plus impulsif que lui. Artiste de la commande, il travaille à heures fixes. Son sens du mouvement, de la couleur en font cependant un novateur dans la représentation des soldats morts, des pestiférés. Il ne tient pas tant à critiquer la guerre qu'à impressionner le spectateur par une expressivité forte.

Après la Restauration, Gros se rallie à un classicisme médiocre. Sa fin de vie est décevante : fait baron par Charles X, il devient professeur aux Beaux-Arts et finira par se suicider en 1835. Son geste fatal s'explique peut-être par la justesse de la critique attaquant son Hercule et Diomède présenté au Salon de 1835 et mettant en lumière l'anachronisme de son art.



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