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Pédagogie |
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| Fiches pédagogiques - Activités à partir d'œuvres littéraires |
Ces activités s'adressent aux élèves de troisième des collèges et aux élèves des lycées, toutes séries.
Introduction
En ses temps héroïques, au tout début de son exploitation à un niveau industriel, le train a suscité bien des réactions de rejet et s'est attiré de nombreux ennemis. On ne parle alors que bien rarement de « train de plaisir ». En effet, avant de devenir l'un des moyens de transport les plus utilisés au cours de la seconde moitié du XIXe siècle -époque à laquelle fut construite la ligne du CFM- le train fut souvent considéré par beaucoup comme une invention néfaste. D'autres au contraire y virent tout de suite un formidable outil de progrès (entendez par cet adjectif « formidable », littéralement, un outil
aussi fascinant qu'effrayant). L'imagination des poètes s'empare aussitôt de la représentation du train, vecteur de la modernité dans ses aspects les plus visibles (bruit, puissance, bouleversement des paysages, vitesse, etc.), vecteur de richesses, et -à travers la construction des gares et des voies avec leurs nombreux et audacieux ouvrages d'art- contribution définitive à la transformation de l'espace urbain et des paysages de notre pays au XIXe siècle. De la vision totalement négative donnée par Alfred de Vigny à l'hymne à la modernité signé Jules Verne, on constate que le train est un étonnant accélérateur de la société, parce qu'il donne une nouvelle actualité à la notion de paysage en important le progrès jusque dans les campagnes les plus reculées -selon une expression consacrée qui prétend que ce qui n'avance pas recule forcément. Le monde change à la vitesse du train. Le cinéma, autre invention capitale au tournant du siècle, s'en emparera d'ailleurs dès sa propre naissance : l'un des premiers films jamais tournés par les Frères Lumière est L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat. Le train s'avançant vers eux, des spectateurs s'enfuient à toutes jambes, rapporte la légende, des spectateurs croyant sincèrement au surgissement du monstre de fer dans la salle de projection. Les trains s'offrent toujours à l'imagination des poètes et des chanteurs : on ne s'appesantira pas sur le succès phénoménal que connut une mélodie sirupeuse de Richard Anthony dans les années soixante, « J'entends siffler le train ». On l'entendra siffler bien plus encore au cinéma, du Train sifflera trois fois (High Noon, Fred Zinnemann, 1952) à Il était une fois dans l'Ouest (C'era una volta il west, Sergio Leone, 1968), mais il ne quittera jamais l'horizon poétique des troubadours des temps qui changent : Bob Dylan insère dans l'ode à la route que constitue l'album Highway 61 revisited le désormais classique « It takes a lot to laugh, it takes a train to cry » (1965).
Notons que le blues, dans son expression campagnarde des premiers temps ou dans son acception urbaine, plus récente et forcément plus électrique prend le train lui aussi, chantant la douleur de la séparation et de l'éloignement : « Hear my train a comin' » de Jimi Hendrix (1970), « Love in vain » des Rolling Stones (« Yeah, the train left the station, it had two lights on behind, / Well, the blue light was my baby and the red light was my mind. », album Let it bleed, 1969). Cette musique, comme également un peu plus tard la musique country, va s'enrichir des histoires véhiculées dès les années vingt par les vagabonds du rail et inscrire dans la culture nord-américaine des pages ou le train de ligne en ligne trouve naturellement sa place -parallèlement à la mythologie de la route, qui renvoie à la fondation même de cette jeune nation. Le jazz et la musique savante ne seront pas en reste, si l'on veut bien se souvenir de « Take the « A » Train " signé Duke Ellington, ou -plus près de nous, dans le domaine européen- du monumental « Pacific 231 » de Arthur Honegger. De nos jours encore, et même si le TGV trouve peu sa place dans l'imaginaire poétique, le train hante des textes de chansons, par exemple ceux de Grand Corps Malade slammant « Les voyages en train » (album Midi20). Mais revenons pour l'heure un siècle, voire un siècle et demi, en arrière, sur les textes de Vigny, Hugo, Dumas et Jules Verne -écrivains contemporains des débuts du train, contemporains pour certains du lancement de la construction du Chemin de Fer de La Mure.
Écriture (sujet général)
À partir de la lecture des textes ci-dessous (certains vous seront évidemment plus utiles que d'autres), et en vous fondant sur les données que vous pouvez récolter sur le site, essayez d'imaginer un dialogue entre des habitants de La Matheysine à qui l'on vient d'annoncer le projet de construction de la ligne du Chemin de Fer de La Mure (le décret impérial fixant le tracé de Grenoble à Gap a été promulgué le 2 janvier 1869).
Alfred de Vigny
Sur ce taureau de fer qui fume souffle et beugle,
L'homme a monté trop tôt. Nul ne connaît encor
Quels orages en lui porte ce rude aveugle,
Et le gai voyageur lui livre son trésor ;
Son vieux père et ses fils, il les jette en otage
Dans le ventre brûlant du taureau de Carthage,
Qui les rejette en cendre aux pieds du dieu de l'or.
Mais il faut triompher du temps et de l'espace,
Arriver ou mourir. Les marchands sont jaloux.
L'or pleut sous les charbons de la vapeur qui passe,
Le moment et le but sont l'univers pour nous.
Tous se sont dit : " Allons ! " mais aucun n'est le maître
Du dragon mugissant qu'un savant a fait naître ;
Nous nous sommes joués à plus fort que nous tous.
Evitons ces chemins. - Leur voyage est sans grâces,
Puisqu'il est aussi prompt, sur ses lignes de fer,
Que la flèche lancée à travers les espaces
Qui va de l'arc au but en faisant siffler l'air.
Ainsi jetée au loin, l'humaine créature
Ne respire et ne voit, dans toute la nature,
Qu'un brouillard étouffant que traverse un éclair.
On n'entendra jamais piaffer sur une route
Le pied vif du cheval sur les pavés en feu :
Adieu, voyages lents, bruits lointains qu'on écoute,
Le rire du passant, les retards de I'essieu,
Les détours imprévus des pentes variées,
Un ami rencontre, les heures oubliées,
L'espoir d'arriver tard dans un sauvage lieu.
La distance et le temps sont vaincus. La science
Trace autour de la terre un chemin triste et droit.
Le Monde est rétréci par notre expérience,
Et l'équateur n'est plus qu'un anneau trop étroit.
Plus de hasard. Chacun glissera sur sa ligne,
Immobile au seul rang que le départ assigne,
Plonge dans un calcul silencieux et froid.
Alfred de Vigny, Les Destinées
Questions
1) Cherchez quelques éléments biographiques de l'auteur (dates de naissance et de mort, œuvres -dont celle d'où est extrait le texte cité- avec leur date de parution,...).
2) Quels sont les principaux reproches adressés par le poète au train ?
3) Vous semblent-ils fondés encore aujourd'hui à l'heure de la traction électrique en général, et du TGV en particulier ? Comment le concept d'un « train de plaisir » comme celui du Chemin de Fer de La Mure répond-il à sa façon à tous ces reproches ?
4) Question subsidiaire : à quel dieu de l'Antiquité font référence les deux derniers vers de la première strophe « Dans le ventre brûlant du taureau de Carthage, / Qui les rejette en cendre aux pieds du dieu de l'or. » ?
Émile Zola
Ce texte est la première page de La Bête humaine et décrit la gare Saint Lazare, à Paris.
« En entrant dans la chambre, Roubaud posa sur la table le pain d'une livre, le pâté et la bouteille de vin blanc. Mais, le matin, avant de descendre à son poste, la mère Victoire avait dû couvrir le feu de son poêle d'un tel poussier que la chaleur était suffocante. Et le sous-chef de gare, ayant ouvert une fenêtre, s'y accouda.
C'était impasse d'Amsterdam, dans la dernière maison de droite, une haute maison où la Compagnie de l'Ouest logeait certains de ses employés. La fenêtre, au cinquième, à l'angle du toit mansardé qui faisait retour, donnait sur la gare, cette tranchée large trouant le quartier de l'Europe, tout un déroulement brusque de l'horizon, que semblait agrandir encore, cet après-midi-là, un ciel gris du milieu de février, d'un gris humide et tiède, traversé de soleil.
En face, sous ce poudroiement de rayons, les maisons de la rue de Rome se brouillaient, s'effaçaient, légères. À gauche, les marquises des halles couvertes ouvraient leurs porches géants, aux vitrages enfumés, celle des grandes lignes, immense, où l'oeil plongeait, et que les bâtiments de la poste et de bouillotterie séparaient des autres, plus petites, celles d'Argenteuil, de Versailles et de la Ceinture ; tandis que le pont de l'Europe, à droite, coupait de son étoile de fer la tranchée, que l'on voyait reparaître et filer au-delà, jusqu'au tunnel des Batignolles. Et, en bas de la fenêtre même, occupant
tout le vaste champ, les trois doubles voies qui sortaient du pont se ramifiaient, s'écartaient en un éventail dont les branches de métal, multipliées, innombrables, allaient se perdre sous les marquises.
Les trois postes d'aiguilleur, en avant des arches, montraient leurs petits jardins nus. Dans l'effacement confus des wagons et des machines encombrant les rails, un grand signal rouge tachait le jour pâle. Pendant un instant, Roubaud s'intéressa, comparant, songeant à sa gare du Havre.
Chaque fois qu'il venait de la sorte passer un jour à Paris, et qu'il descendait chez la mère Victoire, le métier le reprenait. Sous la marquise des grandes lignes, l'arrivée d'un train de Mantes avait animé les quais ; et il suivit des yeux la machine de manoeuvre, une petite machine tender, aux trois roues basses et couplées, qui commençait le débranchement du train, alerte besogneuse, emmenant, les wagons sur les voies de remisage. Une autre machine, plus puissante celle-là, une machine d'express, aux deux grandes roues dévorantes, stationnait seule, lâchait par sa cheminée une grosse fumée noire, montant droit, très lente dans l'air calme. Mais toute son attention fut prise par le train de trois heures vingt-cinq, à destination de Caen, empli déjà de ses voyageurs, et qui attendait sa machine. Il n'apercevait pas celle-ci, arrêtée au-delà du pont de l'Europe ; il l'entendait seulement demander la voie, à légers coups de sifflet pressés, en personne que l'impatience gagne. Un ordre fut crié, elle répondit par un coup bref qu'elle avait compris. Puis, avant la mise en marche, il y eut un silence, les purgeurs furent ouverts, la vapeur siffla au ras du sol, en un jet assourdissant. Et il vit alors déborder du pont cette blancheur qui foisonnait, tourbillonnante comme un duvet de neige,
envolée à travers les charpentes de fer. Tout un coin de l'espace en était blanchi, tandis que tes fumées accrues de l'autre machine élargissaient leur voile noir. Derrière, s'étouffaient des sons prolongés de trompe, des cris de commandement, des secousses de plaques tournantes. Une déchirure se produisit, il distingua, au fond, un train de Versailles et un train d'Auteuil, l'un montant, l'autre descendant, qui se croisaient, »
Émile Zola, La bête humaine, 1890
Questions
1) Cherchez quelques éléments biographiques de l'auteur (dates de naissance et de mort, œuvres -dont celle d'où est extrait le texte cité- avec leur date de parution,...).
2) Faites le relevé le plus complet possible des termes techniques appartenant au champ lexical du chemin de fer. Par quel effet de style en général dans ce texte Émile Zola traduit-il le foisonnement de la vie dans la gare ?
Victor Hugo
« L'été, au crépuscule, on voyait çà et là quelques vieilles femmes, assises au pied des ormes sur des bancs moisis par les pluies. Ces bonnes vieilles mendiaient volontiers.
Du reste ce quartier, qui avait plutôt l'air suranné qu'antique, tendait dès lors à se transformer. Dès cette époque, qui voulait le voir devait se hâter. Chaque jour quelque détail de cet ensemble s'en allait. Aujourd'hui, et depuis vingt ans, l'embarcadère du chemin de fer d'Orléans est là, à côté du vieux faubourg, et le travaille. Partout où l'on place, sur la lisière d'une capitale, l'embarcadère d'un chemin de fer, c'est la mort d'un faubourg et la naissance d'une ville. Il semble qu'autour de ces grands centres du mouvement des peuples, au roulement de ces puissantes machines, au souffle de ces monstrueux chevaux de la civilisation qui mangent du charbon et vomissent du feu, la terre pleine
de germes tremble et s'ouvre pour engloutir les anciennes demeures des hommes et laisser sortir les nouvelles. Les vieilles maisons croulent, les maisons neuves montent. »
Victor Hugo, Les Misérables, 1ère partie, livre 1
Questions
1) Cherchez quelques éléments biographiques de l'auteur (dates de naissance et de mort, œuvres -dont celle d'où est extrait le texte cité- avec leur date de parution,...).
2) Le changement opéré par l'arrivée du train dans une ville, voire une capitale, est total, selon Victor Hugo. Quelle est la phrase du texte qui exprime le mieux cette transformation radicale ? Pensez-vous -d'après les documents que vous pouvez consulter sur le site- qu'un tel phénomène a pu -mutatis mutandis- être observé à La Mure au XIXe siècle et au début du XXe avec l'arrivée du train et l'expansion de son exploitation ?
Jules Verne
« À onze heures, on entrait dans le Nebraska, on passait près du Sedgwick, et l'on touchait à Julesburgh, place sur la branche sud de Platte River. C'est à ce point que se fit I'inauguration de l'Union Pacific Road, le 23 octobre 1867, et dont l'ingénieur en chef fut le général J.M. Dodge. La s'arrêtèrent les deux puissantes locomotives, remorquant les neuf wagons des invités, au nombre desquels figurait le vice-président, Mr. Thomas C. Durant ; là retentirent les acclamations, là, les Sioux et les Pawnees donnèrent le spectacle d'une petite guerre indienne ; là, les feux d'artifice éclatèrent ; là, enfin, se publia, au moyen d'une imprimerie portative le premier numéro du journal Railway Pioneer. Ainsi fut célébrée l'inauguration de ce grand chemin de fer, instrument de progrès et de civilisation, jeté à travers le désert et destiné à relier entre elles des villes et des cités qui n'existaient pas encore. Le sifflet de la locomotive, plus puissant que la lyre d'Amphion, allait bientôt les faire surgir du sol américain. »
Jules Verne, Le Tour du monde en quatre-vingts jours, 1873
Questions
1) Cherchez quelques éléments biographiques de l'auteur (dates de naissance et de mort, oeuvres -dont celle d'où est extrait le texte cité- avec leur date de parution,...).
2) Écriture : À votre tour, glissez-vous sous la main de Jules Verne et, reprenant sa plume, récrivez avec le même enthousiasme et le même lyrisme le récit de l'inauguration, le 24 juillet 1888, par le ministre des Travaux Publics Deluns Montaud, de la ligne de Saint-Georges-de-Commiers à La Mure (attention, il n'y a pas de Sioux, ni de Pawnees, sur le plateau matheysin !).
Alexandre Dumas
Un personnage de roman parle des affaires qu'il a faites en achetant les actions d'une société de chemin de fer.
« En mars, il s'agissait d'une concession de chemin de fer. Trois sociétés se présentaient, offraient des garanties égales. Vous m'avez dit que votre instinct, et, quoique vous vous prétendiez étrangère aux spéculations, je crois au contraire votre instinct très développé sur certaines matières, vous m'avez dit que votre instinct vous faisait croire que le privilège serait donné à la société dite du Midi. Je me suis fait inscrire à l'instant même pour les deux tiers des actions de cette société. Le privilège lui a été, en effet, accordé ; comme vous l'aviez prévu, les actions ont triplé de valeur, et j'ai encaissé un million. »
Alexandre Dumas, Le Comte de Monte Cristo
Questions
1) Cherchez quelques éléments biographiques de l'auteur (dates de naissance et de mort, œuvres -dont celle d'où est extrait le texte cité- avec leur date de parution,...).
2) Ce texte aborde de manière brève certes, mais tout à fait intéressante (Vigny le faisait dans la deuxième strophe de son poème), les rapports étroits qu'entretient le train - mode de transport par excellence de l'ère industrielle- avec le monde des affaires. Expliquez en quelques mots le mécanisme d'une spéculation boursière (mot à définir) telle que celle décrite dans ces lignes. Après celle de « spéculation », donnez la définition des mots « action » et « concession ».
Et encore...
Vous trouverez bien d'autres pistes de lecture sur le thème du train. En poésie, en particulier, il semble impossible de ne pas citer au moins quelques lignes du poème en prose de Blaise Cendrars La Prose du Transsibérien publié pour la première fois en 1913.
« Le bruit des portes des voix des essieux grinçant sur les rails congelés
Le ferlin d'or de mon avenir
Mon browning le piano et les jurons des joueurs de cartes dans le compartiment d'à côté
…
Froissis de femmes
Et le sifflement de la vapeur
Et le bruit éternel des roues en folie dans les ornières du ciel... »