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1. Une photographie de presse est une
image fixe.
On peut donc, dans un premier temps, l'analyser indépendamment
de son contexte comme toute image fixe.
a) analyser le message figuratif (ou iconique)
On pourra regrouper les motifs selon qu'ils se rapportent au décor,
aux objets ou aux personnages.
L'interprétation a recours aux codes de l'inconscient personnel
et collectif et aux codes du domaine socioculturel :
- codes de reconnaissance de l'identité (noms, vêtements,
mode, insignes) ;
- codes de reconnaissance des lieux ou des objets ;
- codes des relations inter-individuelles (gestes, attitudes, distances,
nourriture, regards) ;
- codes des manifestations collectives (mythes, religions, cérémonies,
jeux, sports, travaux).
On rappellera que dans une image le composant vivant domine le composant
inanimé ; placée à gauche une personne domine l'image,
à droite elle devient un élément secondaire.
b) analyser le message plastique
Les signifiants plastiques renvoient aux choix de l'auteur. Ils peuvent
appartenir aux domaines suivants : cadre et cadrage ; échelle des
plans ; profondeur de champ et perspective ; angle de vision ; éclairage
; valeurs et couleurs ; composition, lignes, formes dominantes ; effets
de texture.
2. Une photographie de presse est une
image particulière
a) la fonction de la photographie
Il faut distinguer s'il s'agit d'une photo
- pour faire vendre : une ou couverture de magazine avec les " quatre
A " des titres : argent, affectif, agression, anecdote,
- pour informer : attester qu'un événement a eu lieu,
- pour illustrer un article : fonction de documentation, de description,
- pour argumenter : transmettre un message,
- pour intriguer ou frapper l'imagination,
- pour témoigner d'une recherche esthétique.
b) les sources de la photographie
La photographie peut avoir été réalisée par
un photographe d'agence de presse qui doit trans-mettre rapidement l'essentiel
d'une information ou par un photographe indépendant qui peut avoir
un regard plus esthétique et travailler sur le long terme. Il peut
s'agir d'une image d'archives, d'un "télégramme"
(weaver) c'est-à-dire d'un arrêt sur image à partir
de la télévision.
c) le taux d'iconicité
Les photographes ont du mal à tout représenter avec des
photographies : comment illustrer, par exemple, la musique, la production
de lait, une vache folle ? Le taux d'iconicité correspond à
la possibilité de visualiser le sujet par une photographie. Quand
c'est impossible on peut avoir recours au dessin.
3. Les quatre dimensions d'une photographie de presse
a) Les effets de réel
La photographie a par nature un pouvoir référentiel très
important, une ressemblance au réel élevée. Les premiers
imprimés qui substituèrent les illustrations et dessins
à des reproductions de photographies le firent pour donner à
leur lecteur l'impression que ce qu'ils montraient était plus "vrai".
Avec la photographie, contrairement au dessin ou à la peinture,
nous savons qu'un "événement", qu'un "réel",
a préexisté à l'image. Le pas fut vite franchi, confortant
la crédulité collective, pour établir une équation
entre photographie et vérité. "Il est en photo dans
le journal" en lieu et place de "Sa photo est imprimée
dans le journal" est devenu une expression courante... (15)
Grâce à des conventions on arrive à croire que la
photographie est une fidèle représentation des faits : La
photographie de presse ne montre jamais la "vérité"
Elle isole un instant de l'événement
pour produire une image du réel. L'effet de réel, c'est
donc l'art de rendre présent et vrai ce qui a déjà
eu lieu. Il ne s'agit en aucun cas d'une représentation réelle
de la vérité. Au contraire, des choix ont lieu qui engagent
le lecteur vers l'événement et lui font ressentir la scène
représentée comme proche de lui. Cet art, qui veut faire
partager au lecteur un moment vécu, travaille avec les possibilités
techniques de l'appareil photo pour les inscrire dans une culture et des
points de vue. (16) Trois procédés sont mis en uvre
:
- La perspective frontale : ligne d'horizon, lignes et point de
fuite permettent au lecteur de croire qu'il est à la place du photographe,
qu'il assiste à l'événement. La réalité
est ainsi mise en espace conformément aux normes de la représentation
du réel. "La photographie au grand angle,
qui introduit de subtiles distorsions (ayant fait l'objet de maintes descriptions
techniques), pousse le spectateur en avant, l'introduit en lisière
de l'espace de l'image, plus que jamais niée dans son statut primordial
de surface plane à deux dimensions. L'effet de réel est
à son comble, et tandis que l'oeil du spectateur est placé
dans un espace restreint dont tous les points sont à égale
distance, tout est mis en oeuvre pour lui laisser croire qu'il accommode
selon la distance des divers objets représentés".(17)
- L'instantané : la mise en temps, en suspens de la réalité,
l'évocation d'un instant spectacu-laire garantit la mise en scène
temporelle de la réalité (rôle du flou) conforme aux
normes de la représentation du réel. La prise de vue suggère
qu'il y aura une suite de l'action, le photographe choisit un moment significatif
avec pour raison d'être d'évoquer le déroule-ment
de celui-ci : "Les photos de presse dans la
manière dont elles saisissent (re)cadrent et donc reconstruisent
un instant de l'actualité, peuvent "irradier", créer
autour d'elles un halo temporel dans lequel le lecteur coopérant
(et "encyclopédique") pourra tresser le récit
- ou du moins un récit- dont elle cristallise un moment plus ou
moins cardinal, straté-gique, emblématique." (18)
- La présence du sujet et son regard adressé au spectateur
: la frontalité d'un regard garantit une attention particulière
du lecteur : impression que le sujet le regarde, l'interpelle, le prend
à témoin.
b) Les reconnaissances culturelles
Toute photographie de presse est une citation du réel mais aussi
d'une culture d'images (cf. la " Madone " de Bentahla) ; elle
installe l'actualité dans une forme souvent "déjà
vue" par le lecteur. La photo de presse se répète souvent
: "Les photographies de reportage sont des
images-gigognes, images qui se donnent pour une condensation de l'événement
lui-même, un concentré de signification historique, alors
qu'elles sont des condensés iconographiques, réalisées
au prétexte de l'information. Ainsi va le monde en larmes qui fournit
au mode du reportage les occasions d'une actualisation perpétuelle
de son histoire canonique". (19)
c) La symbolique
Une photographie est symbolique quand elle quitte le terrain de l'actualité
pour devenir exemplaire, quand elle est une image qui renvoie plutôt
à une idée qu'à une actualité immédiate.Une
bonne photographie de presse propose souvent deux approches : le spectaculaire
au service de l'événement, la symbolique au profit d'un
résumé efficace de l'actualité.
d) La rhétorique
La photographie de presse utilise souvent des figures de rhétorique
comme la comparaison et l'antithèse (par exemple la jeune fille
à la fleur de Riboud), l'hyperbole, la métaphore, l'allégorie
qui permettent à la photo de presse d'allier l'éphémère
et la durée. (20)
4. Une photographie de presse est publiée
dans un journal ou un magazine
Une image est toujours inscrite dans des dispositifs de présentation,
de sélection, de conditionnement, de circulation. Une photo de
presse a été prise par un photographe qui exprime son point
de vue notamment à travers le cadrage ; l'agence de photographie
puis la rédaction du journal confirmeront ou contrediront les choix
du photographe en la choisissant parmi d'autres.
A la mise en scène du réel par le photographe succède
la mise en espace du secrétaire de rédaction qui choisit
de mettre en avant tel aspect pour provoquer la réaction du lecteur
: cela conduit à modifier le cadrage, à utiliser des techniques
pour dramatiser ou adoucir, à renforcer des couleurs. La photographie
est mise en page en regard d'un texte, accompagnée d'une légende,
en rapport avec d'autres photos et d'autres textes. Elle est prise alors
dans un ensemble de codes iconiques, linguistiques, typographiques et
topographiques. Elle est amputée d'une partie de son sens, les
mots qui l'entourent en déterminent la lecture, construisent un
sens que la photographie n'avait pas forcément au départ
: Quand on regarde des photos dans une publication, ce qu'on lit, ce n'est
pas la photo, c'est l'utilisation de la photo, et c'est d'abord une page
de journal. Le lecteur perçoit que le sens est produit par l'ensemble
d'un dispositif dans lequel l'image photographique intervient. On ne lit
pas une image de la même façon dans Paris-Match et
dans Libération . (21)
Il faudra donc examiner :
- la place de la photographie dans la page : position valorisée
en haut à gauche ou centrale ;
- la superficie de la photographie et éventuellement le recadrage
qu'elle a pu subir ;
- le renforcement ou la contamination par une autre image (photographie
ou dessin).
Voir aussi le scénario pédagogique
sur le site du CRDP Grenoble : Photographie
de presse, entre icône et réalité
(14) Cette partie doit beaucoup aux travaux de Frédéric
Lambert.
(15) Christian Caujolle "La photo menteuse" in La photographie,
Télérama hors-série, octobre 1994.
(16) Frédéric Lambert, Les yeux du quotidien, La photographie
de presse régionale, CNDP/CFPJ, 1988
(17) Guy Gauthier, Vingt + une leçons sur l'image et le sens,
Edilig, coll. Médiathèque, 1989
(18) Philippe Marion, "Les images racontent-elles ? in Recherches
en communication, n°8, 1997
(19) Gilles Saussier, "Du reportage au jardinage", Des territoires
en revue n°3
(20) Cf. le chapitre sur la rhétorique des photos de presse in
Martine Joly, L'image et les signes Approche sémio-logique de
l'image fixe, Nathan, réédition 2000
(21) Christian Caujolle, op. cit.
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