Château des Adhémar
centre d'art contemporain
Montélimar

Exposition collective
ALINA ABRAMOV / ARMAND JALUT / AURELIE PETREL
Du 21 octobre au 26 novembre 2006

 

> trois artistes qui travaillent l'image :

L'image en mouvement avec les vidéos d'Alina Abramov

Les deux vidéos que présente Alina Abramov sont réalisées à partir de plans-séquences (il n'y a qu'un seul plan). Dans chacune des vidéos, la caméra est fixée sur un véhicule en mouvement : un bateau, une voiture. Le mouvement est ainsi crée par un déplacement physique, un trajet.

Dans la vidéo intitulée De deux côtés, l'artiste nous donne à voir un double point de vue (impossible à voir dans la réalité) : les deux rives opposées de la baie du Dowtown à Vancouver.

Le déroulement du temps est aussi un élément très important dans ses vidéos : la vidéo montrée dans l'escalier Checkpoint Guilo… montre en 14 minutes un trajet dont la durée est incertaine : on passe du jour à la nuit et de la nuit au jour. De même, dans la vidéo du rez-de-chaussée, l'image se déroule en même temps que la tombée de la nuit ; tandis que deux sœurs racontent des souvenirs plus anciens : le temps est aussi mis en parallèle avec la mémoire.

L'image photographique, avec Aurélie Petrel

Les photographies d'Aurélie Petrel sont présentées de trois manières différentes : des images isolées, encadrées / des images en série dans la loggia / un diaporama constitué de trois séries d'images.

Aurélie Pétrel, qui a une formation de photographe, convoque plusieurs aspects de la photographie : dans le diaporama, les objets qu'elle photographie évoquent la photographie scientifique (sur fond noir, éclairage identique, gros plan).
Les images du paysage sont quant à elles issues de vidéos (des arrêts sur image re-photographiés). Il y a l'idée du mouvement (mais ici il est re-présenté) et du temps (on est presque dans le reportage lorsqu'on suit les personnages dans leurs expériences). Le mouvement est également crée par le diaporama en lui-même. C'est un mouvement continu, une projection en boucle.
Dans la série des Maisons, c'est la photographie publicitaire qui vient à l'esprit, les maisons présentées ainsi en série sont comme un catalogue d'objets (là aussi le point de vue est frontal, toujours sur un fond de ciel bleu, l'homme est absent de l'image).

L'artiste joue aussi sur l'ambiguïté des images numériques, aujourd'hui souvent soupçonnées d'être des montages. La photographie intitulée Montréal donne l'impression que les personnages aux vêtements très colorés qui se détachent particulièrement sur le fond blanc de la neige sont des personnages rapportés. Les Maisons du Canada, quant à elles, peuvent évoquer des maquettes.

L'image peinte avec Armand Jalut

Armand Jalut se sert d'images existantes pour réaliser ses peintures : il prélève des images de catalogues, d'Internet, du cinéma ou réalise lui-même des photographies.

Les poses et le cadrage de ses personnages évoquent le cadrage photographique, cinématographique ou encore le cadrage utilisé pour les cases de BD.

Dans ses images qui sont réalistes, le peintre introduit des éléments incongrus, par exemple une masse rose et filandreuse dans la peinture intitulée Duc des ombres. Cette masse rose est difficilement identifiable : il pourrait s'agir de Barbapapa, de chewing-gum… ou bien de peinture. Ici, cet élément montre que nous sommes face à des images peintes : des images qui ne retraduisent pas la réalité telle quelle. Il nous montre que la peinture est d'abord constituée par de la matière picturale.

Les sujets de ces peintures sont empruntés à la culture populaire (peindre un chat, un poney,…). Armand Jalut, qui s'est mis à la peinture à la toute fin de ses études aux beaux-arts, " bâcle " volontairement l'exécution de ces tableaux : il nous montre que les clivages entre la peinture savante et/ou populaire (les peintres du dimanche), n'ont pas tellement de sens.


> trois artistes qui jouent avec le sens narratif des images.


Pour rendre-compte d'un parcours, d'un trajet, d'une expérience

Avec les vidéos d'Alina Abramov, nous assistons à un trajet.
Chez Aurélie Pétrel, le diaporama rend compte d'une expérience dans la nature.
La narration dans ces deux cas est introduite par le déroulement des images.

Chez Alina Abramov, la narration est aussi créée par le récit de deux sœurs qu'elle a rencontrées au Canada. Les deux images se superposent aux deux récits. Il y a un effet de superposition de la narration.

Chez Aurélie Pétrel, il y a l'idée du carnet de voyage, où l'on rapporte différents éléments pour rendre compte d'une expérience (on peut ramener d'une promenade une photo, un croquis, une feuille,…). Avec son diaporama, elle rapporte des images de ses personnages, des objets utilisés par ses personnages et des paysages traversés. L'idée du diaporama évoque aussi les séances diapos que l'on pratiquait à la maison au retour d'un voyage.


Pour que nous, spectateurs, nous nous construisions une histoire

La peinture est un art qui a longtemps servi de support à un récit (religieux, historique,…). Armand Jalut se sert de cette caractéristique de la peinture pour provoquer le spectateur à se construire un récit. Mais il joue avec cela !
Ses sujets évoquent une histoire : nous avons face à nous des personnages peints dans des attitudes, des gestes, des éléments de " décor " (une rivière, un sous-bois…) et des détails… Cependant, le peintre s'arrête là et ne nous accompagne pas dans l'histoire, à nous de la créer ! Il s'amuse même à brouiller les pistes…

Dans le diaporama d'Aurélie Pétrel, les trois projections offrent une vision différente d'une même expérience : photos, objets, paysages. C'est la lecture de ces trois " chapitres " qui permet d'en faire une reconstitution. Cependant, Aurélie a réglé ses trois projections pour que les images se confrontent de manière aléatoire. Finalement, le sens apparaît par la juxtaposition des images. L'image seule ne suffit pas à établir la narration, c'est sa proximité avec d'autres images qui permet l'interprétation.


Récapitulatif des mots-clé :

plans-séquences   diaporama carnet de voyage  
  en mouvement   mémoire culture populaire
interprétation   trajet brouiller les pistes  
  double point de vue   images isolées images en série
déroulement du temps   aléatoire reportage  
  juxtaposition des images objets photographie scientifique  
  photographie publicitaire      
montages images existantes B.D. superposition de la narration.  
      ambiguïté des images matière picturale
se construire un récit cinématographique   éléments incongrus